jeudi 14 janvier 2010

Survie, troisième épisode

EN EXCLUSIVITE CE SOIR, LE TROISIEME EPISODE DE LA MINI-SERIE "SURVIE"!
Retrouvez dès la semaine prochaine la suite de votre série "Survie" sur Canal Prya





Nous informons nos téléspectateurs que certaines scènes du programme qui suit peuvent s'avérer choquantes pour un public jeune et non averti.





Résumé de l'épisode précédent:
Jean a retrouvé ses anciens amis qui ont formé une communauté dans la maison de l'un d'eux, Mathieu, qui en est devenu le leader. La situation de Jean est très précaire au sein du groupe: n'ayant pas apporté de vivres à son arrivée, le bambin qu'il a pris sous son aile et lui-même ne reçoivent que très peu de nourriture. En outre, les conditions de vie dans la maison sont exécrables et, bientôt, les rations alimentaires viennent à manquer, obligeant le groupe a organisé un raid contre un supermarché proche. Malheureusement, ce supermarché est déjà occupé par une autre bande qui donne du fil à retordre et force le groupe à les attaquer, non sans subir quelques pertes. Seul l'un des adversaires a survécu et Mathieu veut obliger Jean à le tuer, puisque celui-ci n'a pas pris part au combat.


Jean se trouve au milieu de la rue, un couteau dans une main et, de l'autre, il tient le prisonnier par les cheveux. Il hésite. Il sait qu'il doit exécuter le malheureux s'il souhaite rester en vie, car, Mathieu, las d'attendre, a sorti son arme et le tient en joue, visiblement prêt à tirer sur lui s'il ne lui obéit pas. Les autres qui, quelques secondes plus tôt, pillaient avec joie les réserves du groupe vaincu, se sont arrêtés et observent la scène. Simon, le second de Mathieu, arbore un sourire vicieux, il semble content de ce qui est en train de se passer. Les autres, eux, sont bien plus horrifiés: tuer des ennemis ne les a pas gêné, mais là, ils ne semblent pas être d'accord avec le fait de tuer l'un des leurs. Charles tente même de s'interposer, mais il est rudement repoussé par Simon.


Jean n'a pas le choix, il va falloir qu'il exécute le prisonnier s'il veut sauver sa propre vie. Le regard dément de Mathieu l'y oblige. D'une main faible, il applique le couteau sur la gorge du prisonnier. Les secondes défilent et semblent être des heures. Puis, pris d'une inspiration soudaine, comme mu par une force inconnue, il assomme le prisonnier du manche de son couteau et entreprend, alors que celui-ci est inconscient, de lui trancher la langue. Tous, à l'exception de Mathieu, sont paralysés par l'horreur de la situation, ils n'auraient jamais cru possible que Jean ait le courage ou plutôt la folie de faire cela.


- S'il n'a pas de langue, il ne pourra pas dire qui nous sommes et où nous allons! s'exlame Jean, dans un grand cri qui respire la démence. Le bourreau qu'est devenu Jean ne sait pas réellement pourquoi il a fait ça, il y a juste vu une opportunité d'épargner la vie du pauvre garçon qu'il devait tuer. Il se rend aussi compte que, le dos au mur, il est capable de toutes les atrocités.


Le spectacle terminé, tous les autres reprennent leur travail et emplissent leurs sacs de vivres. Mathieu, lui, regarde fixement Jean, un air méchant dans le regard. Puis, il s'avance lentement et, d'une main sûre, dénuée de tremblements, il tire de sang-froid dans la tête du prisonnier, toujours inconscient. Jean, les mains et les habits couverts du sang de la victime, hoquète de surprise.


- Lui couper la langue ne suffit pas, abruti! Il aurait très bien pu nous suivre après et amener d'autres personnes chez nous. Si tu voulais vraiment éviter de le tuer, tu aurais aussi dû lui crever les yeux, voire lui couper les pieds, lui lâche Mathieu, totalement sérieux. Au moins, tu as la vie sauve, parce que je trouve qu'il faut vraiment être taré pour faire ce que tu as fait avec sa langue.


Mathieu est maintenant plus détendu. Il a même l'air heureux de voir que Jean se transformait petit à petit en un monstre qui lui ressemblait. Sans dire un mot de plus, les jambes flageolantes et les larmes aux yeux, Jean retourna auprès de Pierre, toujours au sol après avoir reçu une balle lors de l'assaut contre le supermarché. Le jeune homme a l'impression que s'il sauve la vie de Pierre, qui semble bien mal en point, malgré ses premières constatations, il compensera cette vie qu'il a indirectement ôté. Mais il sent également qu'une part de son humanité a disparu, lui a été arraché par Mathieu qui l'o obligé à commettre un acte immonde. Tout en comprimant la blessure de Pierre, il laisse de sombres pensées s'emparer de luiqui lui révèlent une chose dont il est sûr et certain désormais: il sait qu'il est prêt à tout, qu'il peut tout faire. Quand on côtoie un monstre comme Mathieu, il faut se mettre à son niveau et devenir soi-même un monstre.


Simon, sur ordre de Mathieu, siffle, signalant le départ de la troupe. Les sacs sont remplis de provisions et le groupe se met lentement en chemin vers la maison, retardé par Jean, presque obligé de porter Pierre qui est incapable de se déplacer seul.



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Deux mois se sont maintenant passés depuis la Catastrophe. La situation dans la maison s'est largement améliorée pour Jean. L'animosité de Mathieu et Simon envers lui est retombée et, petit à petit, il leur est devenu presque indispensable. Tout d'abord, avec l'aide d'Aurélie, le jeune homme a pris l'initiative d'établir des règles de propreté au sein de la maison qui la rend beaucoup plus habitable. Des commodités ont notamment été aménagés dans une demeure voisine qui fait que leur propre maison ne dégage plus cette horrible odeur pestilencielle. Ensuite, la bruyante meute d'enfants a été matée par Jean et surtout par Mathieu qui n'a pas hésité à en battre certains pour les effrayer et les tenir tranquilles, à tel point que ceux-ci passent la majorité de leurs journées dans un silence assourdissant et sans presque bouger de la pièce qui leur est réservé. Mais, ce qui a surtout amélioré la situation, c'est que, renforcé dans leurs certitudes de pouvoir s'en prendre à d'autres groupes, les hommes de la maison n'hésitent plus à sortir et à se livrer au pillage. Ils ont l'avantage de l'âge qui les rend plus rusés et plus forts que la plupart des autres groupes, constitués de membres plus jeunes qui, souvent, voient défilés leur horde dans la peur.



Jean, lui, a développé deux façettes de sa personnalité. Au sein de la maison, il essaye de se montrer prévenant et d'aider ceux qui en ont besoin, notamment les enfants. Mais, à l'intérieur, la bête sauvage qu'il est devenu, au contact de Mathieu et de Simon, ressort et il n'hésite plus à se livrer à des actes dont il ne se serait jamais cru capable. Ainsi, la veille, ils avaient attaqué un appartement où s'était refugié un groupe de cinq personnes avec une quantité incroyable de vivres. L'un d'eux, un adolescent d'à peine treize ans, avait essayé de résister, alors même qu'il était désarmé, ce qui ne manque pas de courage, surtout qu'au fil des pillages, la troupe de Mathieu avait acquis suffisamment d'armes à feu pour qu'ils en aient chacun une, voire plus. Jean, entré le premier, n'avait eu aucune hésitation quand le garçon avait essayé de résister. Il avait ouvert la fenêtre et l'avait jeté du haut du cinquième étage. Son acte ne lui avait pas paru si choquant que cela, pas même quand il avait entendu le fracas que le corps avait produit quand il s'était écrasé au sol. C'était maintenant le quotidien du groupe: chaque jour, Mathieu, Simon, Henri, Charles et Jean repéraient une habitation occupée et allait la piller. Pierre ne venait plus avec eux, la blessure qu'il avait reçu lors de leur première sortie s'étant infecté, il n'était plus d'aucune utilité.

Ces semaines de pillage et d'exactions avaient radicalement transformés Mathieu et Simon. Dès les premiers jours suivants la Catastrophe, ils s'étaient montrés cruels, mais leur attitude avait maintenant largement dépassé les limites de la cruauté. Tout n'était plus que jeu pour eux et ils y éprouvaient une joie non dissimulée qui faisait peur.

Malgré cela, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes pour Jean, si ce n'était ses cauchemars qui le tenaient éveillé une bonne partie de la nuit. Cela avait commencé avec des rêves étranges qu'il ne comprenait pas et qui le laissait songeur. Puis, au fur et à mesure, ses rêveries s'étaient précisés, étaient devenus de réels cauchemars qui représentaient tout ce qu'il avait fait depuis la Catastrophe, de la mort de son agresseur le premier jour à cet enfant sur lequel il avait marché lors d'un raid il y a une semaine. Il était sûr que ses victimes venaient le hanter et elles auraient eu raison de le faire, il en était conscient. Ainsi, Jean se réveillait presque chaque nuit, le torse baigné de sueurs nocturnes, le coeur au bord des lèvres, effrayé par toutes les horreurs qu'il avait commis quand sa bête intérieure s'exprimait. Il aurait bien voulu en parler à quelqu'un, mais il était difficile de le faire, car la routine de l'atrocité ne souffrait d'aucun état d'âme.

La seule personne qui pouvait comprendre n'était autre qu'Aurélie, seule femme de la maison et soeur de Mathieu. C'est pourquoi, au lendemain d'un cauchemar qui l'avait presque rendu fou, il se confia à elle.

- Aurélie, je dois te parler
- Qu'est-ce qu'il y a?
- Est-ce que tu sais ce que l'on fait quand on part en expédition?
- J'ai déjà dit que je ne voulais pas le savoir!
- Il faut que tu saches! C'est...horrible...
- Non, non et non! Si tu veux en parler, fais le avec Mathieu!
- Il n'est plus comme avant...Tu ne l'as pas vu dehors toi...
- Je sais qu'il a changé...

La jeune femme n'en dit pas plus et se contente de partir vaquer à d'autres occupations. Jean est persuadé que si elle ne veut pas en savoir plus, c'est justement parce qu'elle se doute très bien de ce qu'il se passe quand la troupe sort en expédition à l'extérieur de la maison. Cela n'a empêché à personne, parmi ceux qui ne quittent jamais la maison, que ceux qui font les raids ont changé, sont devenus beaucoup plus froids et sombres. Certains, comme Henri ou Charles, sont très peu différents d'avant; Jean, lui, est bien plus silencieux et songeur; tandis que Mathieu et Simon ressemblent à de réels démons ivres de violences et de sang, même à l'intérieur de leur habitation. Mathieu marque même, après chaque raid, sur un tableau le nom de celui qui a été le plus méritant. En fait, il ne s'agit pas de celui qui a fait le mieux, mais seulement de celui qui a été le plus violent. Dans l'esprit pervers de Mathieu, la violence équivaut à une qualité. Sur la cinquantaine d'expéditions que la troupe a fait, Mathieu et Simon ont eu la plupart des fois l'honneur du tableau de mérite. Jean arrive en troisième position. La semaine précédente, Simon a ajouté une nouvelle donnée au tableau d'honneur: un compte de points. Il consiste en une horreur pure et simple: à chaque fille forcée, l'auteur gagne des points. Pour le moment, seul Simon en a. Même Mathieu trouve la pratique plus que discutable, mais il est vrai que pour lui, un viol n'est pas la chose la plus horrible qu'il lui arrive de faire.

Paradoxalement, alors que les hommes de la maison sont devenus des sortes de monstres qui tuent, pillent et violent, la seule femme de la maison se rend fréquemment à l'extérieur pour prodiguer des soins à ceux qui en avaient besoin. Ses connaissances d'étudiante en médecine et ses faibles moyens font qu'elle ne peut que faire très peu, mais elle le fait tout de même. Selon elle, cela permet de soulager bien plus les esprits que les corps. Pour cette raison, Jean a développé un certain sens du respect et de l'admiration à son égard, ce dont elle lui est reconnaissante, étant donné que la plupart des autres habitants mâles du groupe la traitent comme leur servante, de par son statut de seule femme de la maison. Il lui arrive donc fréquemment de visiter des groupes qui lui font confiance et d'y soigner des blessures bégnines, de recoudre quelques plaies ou de panser des abcès. Ce qu'elle ignore toutefois, c'est que Mathieu la fait suivre par Simon pour que ce dernier repère les groupes intéressants à piller. Jean le sait, tous les hommes du groupe qui font les raids le savent, mais aucun n'a osé le lui dire, terrifié par la réaction que pourrait avoir Mathieu.
C'est au retour d'une de ses sorties sanitaires qu'Aurélie annonce, l'air grave et desespéré:

- Je ne peux pas être certaine, mais je crois que le choléra est en ville...

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Le choléra...


Il y a quelques temps, ils avaient déjà tous discuté de la possibilité que des maladies se propagent. Aurélie avait même déclaré qu'elle trouvait fort étonnant que cela n'arrive pas plus tôt. En effet, la résultante des centaines de cadavres pourrissant dans les rues et dans les maisons ne pouvait être que le déclenchement d'une épidémie. Personne n'avait essayé d'enterrer les corps, bien trop nombreux, et ceux qui voulaient le faire, s'étaient contentés de brûler quelques cadavres et, principalement, de les jeter dans la rivière proche de la ville, rendant son eau impropre à la consommation.


La réaction de Mathieu ne se fait pas attendre. Lui qui n'avait pas peur lors de combats avec d'autres humains semble effrayé par la possibilité d'être touché par une maladie contre laquelle il ne pouvait rien.


- Il faut partir tout de suite! Préparez les sac! Prenez les vivres, les armes, les munitions, seulement ce qui est nécessaire!
- Je ne peux pas partir, lui répondit sa soeur, d'un ton ferme.
- Pourquoi?
- J'ai des patients ici et, puis, Pierre ne peut pas partir!
- Putain, rien à foutre de Pierre...Et tes patients, on va les buter dès qu'on en a l'occasion.


Jean est surpris de voir qu'Aurélie ne semblait pas plus étonnée que cela de l'aveu de Mathieu. Il se doute qu'elle sait que Mathieu l'avait fait suivre par Simon et qu'après, ils profitaient des découvertes du second du groupe pour organiser des razzias. La jeune femme bouille toutefois de colère à l'encontre de son frère.


- Connard!


Mathieu sursaute quand il entend l'insulte que lui envoie sa soeur. Elle, si docile, ne l'a jamais insulté. Il est sur le point de répliquer avec violence quand il se rend compte que ce serait inutile.


- Reste si tu veux, soeurette, mais nous, on part.


Jean est sur le point d'intervenir en faveur d'Aurélie qu'il a toujours apprécié, mais celle-ci, sentant qu'il allait intervenir, secoue la tête en le regardant, lui intimant, dès lors, de se taire. Le jeune homme lui répond par un hochement de tête résigné. Il voudrait rester, mais il sait qu'il ne peut pas: en restant, il se condamnerait à mort, comme le fait Aurélie en s'obstinant à ne pas vouloir partir d'une ville où elle se fera sûrement attaquer au pire ou attrapera une maladie mortelle au mieux.


En quelques heures, le groupe est prêt à partir. tous sont chargés comme des mules de sacs de plusieurs dizaines de kilos, contenant tous les vivres qu'ils ont pu prendre. Même les enfants sont obligés de porter une partie de leurs possessions. Sans même dire un adieu à sa soeur, Mathieu annonce le départ du groupe qui se met en route. Jean, qui ferme la marche, contemple pendant quelques secondes la maison qui les a abrité pendant deux mois, non sans avoir une pensée pour Pierre, que la gangrène qui a envahi tout son bras empêche de venir avec eux, et Aurélie, la si gentille Aurélie, qui reste là pour veiller sur Pierre et sur les autres pauvres âmes qui continuent à habiter cette ville dévastée.


La marche est pénible. Jean porte, au bas mot, une trentaine de kilos dans son sac, mais également le bébé qu'il a sauvé sur le devant, accroché à lui par un ensemble de cordages qu'il a mis au point et qui le gêne vraiment pour pouvoir porter son fusil, le même qui a blessé Pierre lors de l'assaut contre le supermarché et qui s'était enrayé dans les mains de leur adversaire, coup de chance qui leur avait permis de remporter la victoire sans aucun doute. Jean l'avait réparé et il était en parfait état. Malheureusement, aujourd'hui, il le gêne plus qu'autre chose, surtout qu'au poids qu'il porte, il doit ajouter le calvaire de surveiller le troupeau d'enfants qui est juste devant lui et dont on lui a confié la charge. Il aurait préféré être à l'avant, pour repérer le terrain, mais Mathieu lui a ordonné de fermer la marche.


Personne ne sait réellement où ils vont. Mathieu et Simon ont seulement décidé qu'ils allaient se diriger vers la campagne profonde à environ deux cent kilomètres de leur ville d'origine. Jean est d'accord avec eux, c'est là qu'il faut s'installer, dans un endroit plus calme et plus à l'abri des épidémies. Néanmoins, il est conscient qu'une moitié des enfants du groupe ne survivraient pas à deux cent kilomètres de marche, surtout si des obstacles se présentent sur la route. Le groupe marche depuis deux heures et est à peine sorti de l'agglomération de leur ville que les plus jeunes enfants capables de marcher montrent déjà de sérieux signes de faiblesse. Si le départ n'avait pas été si précipité, ils auraient pu construire une sorte de chariot, tiré par l'un d'eux, pour mettre les enfants les plus faibles, voire même pour mettre Pierre dessus, ce qui aurait convaincu Aurélie de les suivre. Mais Mathieu en avait décidé autrement.


La nuit est sur le point de tomber quand Henri, qui fait office d'éclaireur cent mètres devant eux, leur adresse de grands signes. Aussitôt, la caravane s'arrête et tous se mettent accroupis, y compris les enfants que Jean intime au silence. Prudemment, Henri revient vers la tête du groupe en même temps que Jean remonte la colonne pour pouvoir avoir lui aussi les raisons de cet arrêt. Henri arbore un sourire carnassier:


- Un petit camp...Cinq gars qui se sont arrêtés là pour la nuit...[Son sourire s'agrandit]...Ils ont une sorte de roulotte tirée par un cheval...


Mathieu hoche la tête. Chacun sait ce qu'il a en tête: attaquer ce groupe. Cette fois-ci, ce n'est pas sa soif de sang qui veut s'exprimer, mais uniquement la convoitise qu'il éprouve pour la roulotte qui faciliterait bien le voyage.


- Henri, tu as vu s'ils sont armés?
- Ouais, ils le sont. J'ai vu plusieurs fusils accrochés à la roulotte.
- Bien...On va devoir y aller intelligemment les gars, pas les attaquer de front.


Mathieu distribue ses ordres. Une nouvelle fois, la chance a voulu que les types de la roulotte se soient installés à côté d'un sous-bois. Un à un, cinq hommes de la troupe, dont Jean, s'enfoncent sous la protection des arbres, attentifs à ne faire aucun bruit. Chacun est conscient de l'enjeu de la prise et essaye de ne pas faire rater l'attaque. Au bout de cinq minutes, ils sont tous en position. Mathieu a déjà attribué à chacun quel adversaire il allait devoir abattre. Mathieu émet un léger sifflement, c'est le signal: Jean, qui avait sa cible en visée, tire et réussit à l'abattre du premier coup. La plupart des autres ont la même chance. Il faut dire que désormais, ils ont beaucoup d'entraînement au tir. Seul Simon a raté sa cible qui se trouve juste à côté de celle qu'a abattu Jean. Celui-ci n'hésite pas une seconde et tire une seconde fois, mettant un terme à la vie de l'unique survivant adverse. Le second de Mathieu jette un regard glacial à Jean qui ne le remarque pas. Visiblement, il semble furieux de s'être vu privé de sa victime.


Comme toujours après un massacre facile, les hommes sont rieurs. Ils se précipitent sans plus de cérémonie pour dépouiller leurs victimes des effets personnels qu'ils avaient et notamment leurs armes qui enrichissent encore plus l'arsenal du groupe. Jean, lui, goûte peu ce dépouillage et préfère aller voir de plus près la roulotte. Alors qu'il s'en approche, il entend du bruit à l'intérieur. Sans plus réfléchir, il épaule son fusil et tire un coup en l'air.


- Sortez de là ou je vous tire dessus!


La roulotte est maintenant silencieuse, mais personne n'en sort. Prudemment, il avance, tenant toujours en joue l'arrière de la roulotte. Son instinct lui dit qu'il n'a rien à craindre et soulève donc la bâche qui cache l'arrière. La découverte qu'il fait lui arrache un hoquet de surprise. Dans la roulotte, se trouve cinq jeunes filles, vêtues de guenilles et attachées à une barre de fer solidement ancrée dans le bois du véhicule. En le voyant arrivé, le fusil pointé vers elles, plusieurs filles se mettent à crier, d'autres pleurent bruyamment. Elles pensent leur dernière heure arrivée. Jean monte dans la roulotte et, sans réfléchir, coupe la corde qui les attache toute à la barre de fer avec son couteau qu'il garde attaché à sa jambe. D'un seul mouvement commun, les filles se lèvent et se jettent dehors, le bousculant. Le temps qu'il se relève, elles se sont déjà mises à courir à toute allure pour fuir le petit campement. Les autres, trop occupés à nettoyer les corps des hommes morts, n'ont pas eu le temps de réagir et regardent, interloqués, les jeunes femmes les fuir. Mathieu rigole doucement en voyant l'air surpris de Jean, tandis que Simon arbore un visage qui semble étrangement triste.


- Au moins, on a la roulotte, leur lance Jean tout en montant à l'intérieur.


C'est alors qu'il se rend compte qu'en réalité, toutes les filles n'ont pas fui. L'une d'elles est toujours là, recroquevillée contre l'avant de la roulotte et, apparemment, totalement apeurée par l'apparition de Jean. Celui-ci s'approche doucement et pose sa main sur l'épaule de la jeune femme qui doit avoir à peine dix-sept ou dix-huit ans. Son geste, qu'il veut apaisant, déclenche une réaction immédiate de la fille qui émet un petit cri et se recule encore plus contre la paroi de bois pour éviter que la main de Jean ne la touche.


- Allez, n'aie pas peur, je ne te veux pas de mal...Allez, viens...


Jean, par ses paroles, veut la calmer, mais il n'y arrive pas. A l'extérieur, il entend Mathieu crier que le groupe va rester là pour la nuit, alors même qu'il envoie Henri et Charles chercher le reste du groupe qui s'était caché plus loin, en attendant que l'assaut soit terminé. Jean, épuisé par la marche et la surveillance des enfants, n'a pas envie de faire la fête avec les autres qui veulent célébrer leur victoire. Il leur fait un signe pour leur faire comprendre qu'il va dormir dans la roulotte. Mathieu et Simon éclatent d'un rire gras et vulgaire, pensant que Jean va en profiter pour coucher avec la dernière fille restante, mais ce n'est pas du tout dans l'intention de Jean, qui sort de son sac un morceau de pain qu'il lance à la jeune fille qui semble se calmer. Il s'endort rapidement, non sans avoir attaché la corde qui enserre toujours les poignets de la fille à sa propre ceinture, pour éviter qu'elle ne s'enfuit.


Le lendemain, à l'aube, Jean s'éveille, le dos courbaturé d'avoir dormi dans la roulotte. Le camps est calme et il doit probablement être l'un des premiers réveillé. La première chose qu'il fait est de vérifier que la fille est toujours là. Elle ne s'est effectivement pas échappé et est endormi. Doucement, Jean la secoue pour la réveiller. Quand elle ouvre les yeux, la peur se lit sur son visage, mais, bientôt, elle se calme, consciente que Jean ne lui veut pas de mal. Celui-ci retourne vers son sac et y prend un morceau de chocolat qu'il tend à la jeune femme. C'est un des derniers morceaux de chocolat du pays, se dit-il. Il l'avait gardé précieusement, pour une grande occasion. La jeune fille s'en saisit et le dévore en moins de trois secondes, visiblement très heureuse de goûter à nouveau à du chocolat. Jean, à nouveau, s'approche d'elle et lui dit doucement:


- Je vais te détacher. N'essaye pas de t'enfuir, s'il te plaît.


Elle acquiesce de la tête. Confiant, Jean la libère de ses liens et se prépare à la retenir si elle tente de s'enfuir. Mais elle n'en fait rien et se contente de se frotter les poignets, meurtris par la corde. Jean lui sourit et va chercher une dernière chose dans son sac d'où il tire une chemise et un short qu'il lui tend. Ravie de pouvoir reprendre une apparence plus décente, la jeune fille revêt rapidement les habits.


La scène n'a duré qu'une dizaine de minutes, mais ce laps de temps a suffi pour que tout le monde se réveille dans le camps ou soit réveillé. La collation est rapide et Mathieu donne bien vite le signal. Jean et la jeune fille descende de la roulotte et sont remplacés par les enfants qui semblent ravis, à la fois de voyager dans un véhicule si pittoresque et également de ne plus avoir à marcher. Une nouvelle fois, Jean se retrouve à l'arrière de la colonne, derrière la roulotte. Toutefois, cette fois-ci, la marche est beaucoup moins pénible. D'une part, Jean n'a pas à surveiller que les enfants avancent comme il faut et, d'autre part, il est débarassé du poids de son bambin qui est maintenant porté par la jeune fille qui marche à côté de Jean.


Contrairement à la veille, la journée se déroule sans incidents et le groupe arrive à parcourir une quinzaine de kilomètres avant d'établir un campement pour la nuit. Ils sont tous calmes et conscients des efforts du lendemain, ils se couchent sans tarder. La jeune fille a décidé de dormir à côté de Jean et, avant de se coucher, elle joint ses mains et les tend devant lui. Elle veut être attachée.


- Non, ce n'est pas la peine que je t'attache, je te fais confiance, lui murmure le jeune homme.


La jeune fille sourit timidement. Jean est sur le point de sourire en retour quand Mathieu lui crie, avec force, qu'il sera le premier à effectuer un tour de garde. Le ton de l'ordre n'a pas échappé à la jeune femme qui lance un regard interrogateur en direction de Jean.


- Ne t'inquiète pas, il est toujours comme ça, mais il n'est pas vraiment méchant...[Jean rechigne à lui dire quelle est la vraie personnalité du chef]...Il m'en veut pour un truc qui s'est passé il y a quelques temps...Tu vois, on était très ami tous les deux avec un autre garçon...Un jour, alors que je conduisais, j'ai eu un accident de voiture...Notre ami, qui était avec moi, est mort dans l'accident...J'avais bu...

Jean décide de ne pas en dire plus et la jeune fille, elle non plus, ne demande rien et s'allonge pour s'endormir.
...
...
Un cri!
...

Jean se réveille. Il a dû s'endormir pendant son tour de garde. A nouveau des cris. Ceux d'une jeune femme, pas très loin. Aussitôt, Jean regarde vers SA jeune femme. Elle n'est plus là. Il prend son fusil et se précipite vers le point d'origine des cris. Elle est là, à cinquante mètres du camps, allongée au sol. Simon est au-dessus d'elle, occupé à déboutonner son pantalon. Ses intentions sont claires. Entendant un bruit derrière lui, il se retourne et voit Jean qui l'observe, puis éclate d'un rire sonore.


- Enfoiré de pervers! lui crie Jean.


Il lui saute dessus et le fait rouler à terre. Jean pense avoir remporté la partie, mais Simon ne veut pas lâcher et sort un couteau de sa ceinture et le plante dans la jambe de Jean qui grimace sous la douleur. Le jeune homme cherche son fusil des yeux. Il l'a stupidement lâché quand il a foncé sur Simon, ne pensant pas qu'il en aurait besoin. Simon revient à la charge, il a décidé d'en finir avec Jean et essaye de lui trancher la gorge avec son couteau. Jean y réchappe de justesse et d'une roulade, il se retrouve à la gauche de Simon. Il ne lui faut qu'une seconde pour tirer son couteau attachée à sa jambe droite et à trancher au bon endroit. Simon tombe à terre, Jean lui ayant tranché l'artère poplitée, celle qui alimente sa jambe en sang qui coule maintenant à flot. Simon est incapable de bouger, il ne peut rien faire et la Mort viendra le cueillir. Jean ne peut s'empêcher qu'il n'a que ce qu'il mérite.


Jean se relève lentement. Sa jambe le lance durement et il saigne lui aussi abondamment. D'un coup, il arrache un pan de la chemise de Simon et improvise un pansement pour arrêter le saignement. Cela fait, il se dirge vers la jeune fille et l'aide à se relever.


Ils allaient tout deux retourner vers le camps quand Jean aperçoit Mathieu, qui se tient là à côté du lieu de l'affrontement, un air fou et diabolique au visage. Il a tout vu.

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